En 1990, les femmes de 50 à 54 ans étaient plus actives que la moyenne : 62,7 % travaillaient, contre seulement 45,9 % pour l'ensemble des femmes. Ce taux n'a cessé d'augmenter depuis 1975. Dans cette génération, on trouve naturellement une proportion de représentantes des professions en déclin (agriculture, commerce, artisanat) supérieure à la moyenne. Celles qui sont salariées travaillent majoritairement dans le secteur privé (56 %), où elles sont employées (44 %) et ouvrières (15,2 %). Mais une proportion non négligeable (23 %) a réussi à pénétrer dans les domaines autrefois réservés aux hommes : professions intermédiaires, professions intellectuelles et cadres supérieurs.

La vie professionnelle des femmes se distingue de celle des hommes par ses fréquentes interruptions. Un tiers seulement d'entre elles ont eu une activité ininterrompue, surtout les indépendantes (agriculture commerce, artisanat) et les cadres supérieurs, beaucoup moins les employées et les ouvrières. Ces interruptions ont raccourci leur période globale d'activité, qui est souvent inférieure à la durée requise pour bénéficier pleinement de la retraite. Elles ont aussi réduit leurs chances de promotion : d'une manière générale, les femmes ont plus de difficultés que les hommes à s'élever dans la hiérarchie (en trente ans de carrière, 19 % y parviennent, contre 52 % des hommes), mais celles qui ont travaillé par intermittence ont deux fois plus de difficultés que les autres.

L'inactivité totale a beaucoup reculé : 22,2 % des femmes nées à la veille de la guerre ne travaillaient pas à l'âge de trente ans. Dans la génération actuelle, elles ne sont guère que 10 %. C'est au tournant des années 1960 que la mutation s'est opérée. En 1962, 45 % seulement des jeunes femmes de 25 à 29 ans travaillaient (contre 80 % aujourd'hui).

Curieusement, c'est pendant cette période que le taux d'activité des femmes a été le plus bas : 36 % seulement, contre 46 % aujourd'hui. On entrait certes dans la société de consommation, mais avec encore en tête le modèle de la femme au foyer, dont l'activité essentielle était de trouver un mari. Modèle particulièrement ancré chez les femmes de notables, pour qui travailler c'était déchoir, mais aussi chez les femmes d'ouvriers, pour qui rester à la maison était vécu comme une promotion sociale.

C'est en fin de compte dans les classes moyennes que le taux d'activité des femmes était le plus fort, et c'est d'elles qu'est partie la remise en cause du modèle traditionnel : plus instruites, plus autonomes, ayant acquis leur indépendance économique, elles étaient à la fois mieux armées pour prendre conscience de la discrimination dont elles étaient l'objet et plus aptes à se mobiliser pour revendiquer l'égalité des droits.

Ce modèle de la femme active s'est ensuite diffusé en direction des classes supérieures, où l'émancipation a été plus tardive : ici, les études n'étaient pas un enjeu pour les femmes, qui étaient censées se consacrer à la carrière professionnelle de leur mari et à l'éducation de leurs enfants. Il a eu moins de succès chez les ouvriers, pour les raisons indiquées plus haut, mais aussi parce que les hommes craignaient la concurrence des femmes dans l'emploi. Aussi est-ce là que la progression du taux d'activité des femmes a été la plus faible.

La première cause d'interruption d'activité des femmes est bien entendu la naissance des enfants (56 %), suivie de près par le mariage (24 %). La maladie ou l'accident ne viennent qu'en troisième place avec 16 % des cas, alors qu'ils représentent 87 % des cas chez les hommes. Mais chaque rupture d'activité entraîne une perte de qualification et une précarisation. C'est le cas des employées de bureau qualifiées ou des ouvrières qualifiées, qui ne retrouvent généralement pas un poste correspondant à leurs compétences.

Quant aux femmes au foyer, elles se dirigent le plus souvent vers les travaux domestiques. C'est chez les salariées que les naissances entraînent le plus d'interruptions d'activité. Mais avec des différences importantes selon le niveau de qualification : avec trois enfants par exemple, 80 % des femmes cadres supérieurs continuent à travailler, alors que c'est le cas de 49 % seulement des ouvrières. Chez les non-salariées, le taux d'activité reste pratiquement inchangé, quel que soit le nombre d'enfants : 87,5 % des agricultrices, par exemple, continuent à travailler au-delà de trois enfants.

En trente ans de carrière, plus d'une femme sur quatre a connu le chômage, soit une proportion légèrement supérieure à celle des hommes. En 1989, on comptait 8,6 % de chômeuses chez les femmes de 50 à 59 ans, contre 6,7 % chez les hommes du même âge. Mais c'est chez les veuves et les divorcées, c'est à dire celles dont la situation est déjà la plus précaire, que le taux de chômage était le plus important. La durée du chômage est aussi plus longue pour les femmes que pour les hommes.

C'est généralement sous la pression de la nécessité, pour se procurer un salaire d'appoint, que les femmes reprennent une activité après 50 ans. Ces reprises d'activité se font souvent sous la forme de travail à temps partiel, qui ne cesse de progresser depuis le début des années 1980: en 1982, il concernait 20 % des femmes, mais 25 % en 1990. Il est surtout le lot des femmes les plus jeunes et les plus âgées : dans le secteur privé, un tiers des travailleuses à temps partiel ont plus de 50 ans. Dans le discours entrepreneurial, le temps partiel est généralement présenté comme un " temps choisi ", correspondant au désir des femmes d'avoir du temps libre pour s'occuper des enfants. En fait, ce n'est vrai que dans une minorité de cas. Le plus souvent, le temps partiel est un " temps contraint ", imposé par l'employeur pour des raisons de flexibilité de l'emploi et qui correspond généralement à des emplois précaires, que les femmes sont obligées d'accepter faute de mieux.

Enfin, les cessations d'activité ont elle aussi beaucoup évolué. Avant 1960, la principale cause de départ était le mariage. De 1960 à 1969, la naissance et l'éducation des enfants. De 1970 à 1978, la maladie, puis le chômage. Depuis 1981, le chômage représente la moitié des départs. Cela étant, le mariage et les enfants restent une cause majoritaire de départ chez les ouvrières et les cadres supérieurs, la maladie chez les ouvrières et les employées, le chômage chez les ouvrières, les employées et les professions intermédiaires.

Parmi les femmes ayant commencé leur vie professionnelle avant 1960, 40 % sont parties avant la retraite (contre 14 % des hommes). En 1989, elles ne représentaient que le quart des préretraités. Au total, la vie professionnelle moyenne des femmes ne dure que 17 ans, contre 35 ans pour les hommes, ce qui va peser d'un poids considérable sur les conditions de leur retraite.

Source : cnrs.f